Embout en calotte

Embout en calotte

Par sa forme et ses dimensions, l’objet évoque un type d’objet bien attesté mais dont la
fonction exacte demeure mystérieuse, faute de savoir avec quel élément organique il se
combinait [1]. Pièce de harnachement ? Ornement de carquois ? de fourreau d’épée ?

Ici,
pas d’ouverture sur le dessus ni de trous de fixation, mais à l’intérieur une fine tige
verticale, à l’évidence destinée à être fichée dans un matériau offrant peu de résistance.

Peut-être s’agit-il en effet de l’un de ces embouts qui, comme le suggérait déjà M. I.
Rostovtzeff, habillaient l’extrémité d’une masse de crins ou de cheveux enserrés en
pinceau, à la manière d’une fausse queue. Les images montrent, au reste, de tels
chasse-mouches en pompon battant le flanc des chevaux sassanides, ou de leurs
descendants sur les miniatures persanes.
Le bord est souligné d’un motif cordé comme on en a parfois sur les objets de ce type [2].

Ainsi qu’il arrive souvent avec l’art des steppes, l’impression première est celle d’un
grouillement et la lecture est loin d’être immédiate. On distingue clairement les têtes de
deux animaux, des cerfs assurément, museaux encadrés par deux sabots.

Leurs corps
en torsion s’enroulent autour de l’objet, arrière-train retourné et pattes battant l’air. Au
sommet, les autres sabots se perdent dans le foisonnement de ramures qui déploient un
jeu complexe d’empaumures et d’enfourchures, d’andouillers et de surandouillers,
prouvant que les cerfs sont dans la force de leur maturité. Curieusement, et malgré
leurs postures contournées, ils semblent ouvrir les narines et retrousser les lèvres,
bouche ouverte et lèvre inférieure pendante, comme au moment du brâme.

La couronne osseuse bosselée qui cerne les bois à la base, le larmier au coin de l’œil, la
ligne effilée des onglons ou la pointe arrondie du jarret, tous les détails sont traités avec
une grande précision. Ce réalisme, tout comme l’amorce de perspective que suggère
la façon dont la tête s’inscrit entre deux pattes, incite à lire là la marque des contacts
avec l’art grec.

[1C’est ce que la littérature archéologique russe appelle vorvorka.

[2Voir notamment la calotte ajourée aux chameaux de Filippovka (musée d’Oufa, inv. 831/389, et cat.
exp. New York 2000-2001, n°96).