Sculpture composite

Sculpture composite

Cette figure malagan originale et élégante, a été donnée au musée de Dresde par Richard Parkinson
en 1894. Selon cet auteur [1], cette effigie est une variété de matua (masque lourd et élaboré) appelée
totok, qui, sur les îles Gardner (Tabar), prend le nom de kulibu. Sur ces mêmes îles, ajoute-t-il, le kulibu n’était jamais montré en public, mais conservé dans
des abris ou des maisons spéciales, entourées de
haies hautes et épaisses. Seuls certains jeunes garçons
pouvaient y accéder [2]. D’après les notes consignées
par Meyer et Parkinson [3], ce spécimen a été
collecté au cap Sass, qui se situe à l’est, dans la
région où l’on parle le kara.

Selon Susanne Küchler [4], qui a étudié les traditions
malagan des Kara de l’ouest (Masei) – dans le nord
de la Nouvelle-Irlande –, il est vraisemblable que le
terme totok noté par Parkinson soit une variante de
tetak (faire une « peau »).

Pour les Kara, selon le même auteur, le noman,
métaphore de l’énergie ou de la vitalité, se transforme
en une substance ancestrale qui s’exprime dans des
actes rituels et dans une sculpture malagan. Cette
énergie étant associée à la force sauvage et dangereuse
du pouvoir de reproduction de la femme, elle
doit être contenue dans une « peau », qui peut être
le corps humain, une terre cultivée ou une forme
matérielle (sculptée) de malagan. Après un décès, on
confectionne un nouveau réceptacle pour le noman,
sous la forme d’une sculpture malagan destinée à
remplacer le corps décomposé du défunt. Plusieurs
personnes peuvent être « avalées » par une seule
« peau » de malagan. Fabriquer un malagan, c’est
faire une « peau » pour contenir la force vitale
noman, d’où le terme tetak, « faire une peau ».

Kulibu est une variante linguistique ou dialectale
de ce mot dans une sous-tradition malagan assez
répandue, qui correspond aux régions où l’on parle
le tigak, le kara, le nalik et le notsi, dans la partie
nord de la Nouvelle-Irlande, mais aussi dans les îles
Tabar, où il prend le nom de kulepmu.

[1Parkinson 1907, p. 647.

[2Ibid., p. 646.

[3Meyer et Parkinson 1895.

[4Küchler 1985 ; id. 1988 ; id. 1992.